C’était en 1988. Henri Duparc faisait découvrir son nouveau film: Bal poussière ou les six femmes de Demi-Dieu.

Une dizaine d’années, puis une vingtaine d’années plus tard, je l’ai regardé en me demandant comment il avait été accueilli par les cinéphiles de l’époque, dans une Afrique pudique, limite puritaine. Renseignement pris, Bal poussière a connu un véritable succès auprès des amateurs comme des critiques, consacré par plusieurs prix dont celui de Chamrousse. L’oeuvre s’est révélée être un spectacle choc, une vraie révolution dans le cinéma africain.

Décortiquons ensemble cette comédie africaine atemporelle. D’abord un petit résumé, pour ceux qui (par extraordinaire) ne l’auraient pas regardé :

Dans un village, un riche planteur, Al Khalil, découvre Binta, une adolescente décomplexée, venue de la ville. Il décide de l’épouser. Celui qu’on appelle “Demi-Dieu, car dit-il “après Dieu, c’est moi le chef dans ce village”, a déjà cinq femmes. L’entrée de la sulfureuse citadine dans ce foyer polygame, va bouleverser son quotidien.

Alors, regard sur l’oeuvre: Elle a choqué, plu, et est indémodable.

 

Niang la caractérielle quatrième épouse.
Niang la caractérielle quatrième épouse jouée par Naky Sy Savané

Pourquoi Bal poussière a choqué?

A cause de la référence constante faite au sexe, dans les répliques, les actes (les scènes de nu), qui plus est par des acteurs ivoiriens, qui ne s’étaient pratiquement jamais adonnés à cet exercice. Regarder Bal poussière en famille est assez…spécial.

De la scène de la demande en mariage de Demi-Dieu, à la nuit de noces, on ne voit pas venir la fameuse scène de nu de Hanny tchelley (Binta) qui ne tombe cependant pas dans le vulgaire, gardant une certaine subtilité; ou encore la confrontation de seins entre les deux dernières co-épouses. En tout cas, entre amis, regarder le film, reste un réel moment de détente et d’hystérie pour les moins sereins. Car au final, c’est bien la réalité qui est dépeinte. Une réalité bien dépouillée quand même…

Ensuite, pourquoi Bal poussière a plu?

A la fin du film, je reconnais que les évènements qui “bercent” ce village typique de Côte d’Ivoire, ne sont que la transcription de la société africaine de l’époque: Polygamie, mariage arrangé, adultère, commérages, manigances, rivalités féminines…

Le jeu des acteurs a également participé à rendre ce film plaisant. Un casting fabuleux à mon humble avis: Hanny Tchelley, Bamba Bakri, Naky sy savané, Akissi delta, Victor Cousin, Ayatolla…Et encore, et encore. Bal poussière est un film qui “ne se prend pas au sérieux” en abordant des sujets sérieux. Dès lors du début à la fin, à aucun moment il n’est barbant. La comédie est ressentie dans chaque scène, sans rentrer pour autant dans le ridicule. La musique qui accompagne est agréable, le paysage l’est aussi.

Enfin, pourquoi Bal poussière est indémodable?

 

Parce que, les phénomènes décrits sont encore d’actualité. Parce que le naturel dans le jeu des acteurs continue de séduire. Parce que le film est bourré de répliques d’anthologie.

Je me suis amusée du conflit perpétuel entre modernisme et tradition, avec cette scène où Binta imbibe le drap de la nuit de noce, de mercurochrome, pour le remettre aux vielles qui attendaient dehors, histoire de leur faire croire qu’elle est restée vierge jusqu’au mariage. J’ai ri de “l’ignorance savante” des deux villageois vantant les mérites de la vitamine B dans la banane qui fait “bander”, de la guerre des “pagneuses” et des “robeuses”, des techniques de drague, peu catholiques, de Victor cousin, et de pleins d’autres scènes. Alors, voilà autant d’ingrédients qui ont fait de l’œuvre de Feu Henri Duparc, un classique.

QUELQUES RÉPLIQUES DU FILM:

– Il fallait la botter, la cogner. Elle tombe par terre, tu marches dessus.

– Y a pas de frein! Mais Dieu est grand.

– Dieu est grand? Qu’il devienne petit, parce qu’à force d’être grand, il ne voit que les

grands de ce monde.

– C’est viande de singe. Ils appellent ça corned beef .

– Si tu as envie, tu me dis belotte. Et si j’ai envie, je te dis rebelotte. Si c’est non, je dis “je passe”.

– Tu as vu ce morceau de pain? Je le mets dans ma poche droite. Quand je vais la serrer, elle va fuir pour venir au milieu. C’est là où je l’attends.

– Ça ne te suffit pas 5 femmes? Il y a 7 jours dans la semaine.

– Je veux du bon vin, toi tu me donnes du vieux vin. Mais tu m’as pris pour qui? Donne-moi du vin d’aujourd’hui?

Autorisez-vous donc un moment cinéma africain, entre amis, autour d’un plat d’alloco, du choucouya et à boire! Bonne ambiance assurée!

Nb: Si vous avez aimé Bal poussière, vous aimerez sûrement “couleur café” ou “rue princesse” du même réalisateur.

Categories: Arts visuels

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