Il préfère « Marto ou Greg ou el Marto », son vrai nom, il ne le dévoile pas. Né en 1981 à Besançon en France, l’artiste urbain et illustrateur franco-burkinabè vit et travaille aujourd’hui à Ouagadougou. RAR a discuté avec Marto sur son travail, ses inspirations et l’effet « kiss kool » qu’il a eu à la capitale burkinabè.

El Marto
El Marto

D’où vient votre synonyme « Marto » et a-t-il une signification particulière ?

Ça vient de l’époque où je graffais, j’étais passé par plusieurs noms de graffeur pour tomber sur « Marto » et je l’ai gardé. Sinon pour la signification, quand on graffe, on cherche l’impact. Et Marto, ça fonctionnait pas mal dans le sens de frapper fort, taper. Certains m’appellent aussi El Marto, c’est mon pseudonyme sur Facebook.

 

Vous êtres originaire d’une petite ville en France. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous installer à Ouagadougou?

Oui, je suis originaire de Besançon et ce n’est pas si petit que ça, c’est quand-même la capitale de la Franche Comté. Je suis parti de Besançon pour faire mes études supérieures en design graphique à Cambrai, puis à la faculté des Arts d’Amiens et ensuite à l’école d’art d’Helsinki. Pourquoi est-ce que je me suis installé à Ouagadougou ? Ben il n’y a pas trop d’explications. Mon père est burkinabè, je suis un métisse qui a grandi en France et qui voulait voir le pays de son père. La vie à Ouagadougou m’a plu, donc je suis resté. Je m’y suis installé en 2009.

 

Big Fish. Photo: Marto
Big Fish. Photo: Marto

Qu’est-ce qui vous a plu dans la vie à Ouagadougou ?

Au début, ce n’est pas facile du tout, de s’adapter au climat, au rythme, à un nouvel environnement. Ensuite, tu as le deuxième effet « kiss kool », où tu te rends compte que les gens sont hyper chaleureux, super accueillants. Par rapport à mon travail artistique, la ville d’Ouagadougou est très active sur le plan culturel.

 

Comment décririez-vous la scène culturelle à Ouagadougou ?

Même si le pays reste un pays en voie de développement, il est super riche culturellement. Même si tout est centralisé sur la ville d’Ouagadougou – ici il y a beaucoup de festivals tout au long de l’année, de hip-hop, d’art de rue, de théâtre, de danse… On ne s’ennuie pas. En Octobre il y aura par exemple un festival des arts plastiques, le carrefour des Arts. En plus, il y a des centres culturels qui sont actifs, l’Institut Français, le Goethe-Institut et plusieurs centres culturels indépendants qui organisent régulièrement des expositions et qui forment le paysage artistique d’Ouagadougou.

Concernant le marché de l’art ici, on ne peut pas dire que les artistes vendent beaucoup. La plupart de ceux qui marchent, s’expatrient soit en Europe, soit aux USA et de plus en plus dans les pays de la sous-région, en particulier la Côte d’Ivoire. Concernant les artistes, ils sont nombreux et très actifs, même s’il n’y a pas beaucoup de marché. Des galeries, la ville d’Ouagadougou, n’en possède pas vraiment.

 

swimming Pool. De Marto
“swimming Pool” dans la commune de Marcory (Abidjan).

De Marto

Vous êtes cofondateur du studio El Faso. Pourriez-vous nous en raconter plus?

Le studio El Faso est une sorte de laboratoire de création. J’ai fondé ce lieu il y a trois ans avec ma collègue Poco, qui est designer, styliste. Ce qui caractérise ce studio, c’est qu’on cherche à être polyvalent, on peut répondre à des commandes de peinture murale, faire des sacs, des coussins, des goodies à l’effigie du Burkina Faso qu’on vend dans les boutiques de la ville mais aussi faire une robe de mariée. On fournit une grande gamme de services et de produits, sachant que tous est conçu et réalisé au Burkina Faso.

 

Sur votre site web, vous dites que la street-culture vous donne l’envie de créer. Pourquoi?

Car c’est surtout une passion, que ce soit le skateboard, le graffiti, le street-art, le hip hop, j’ai grandi là-dedans. C’est avant un de mes plaisirs de la vie et aussi bien sur une source d’inspiration, dans le sens, quand je regarde des projets comme par exemple Djerba Hood [RAR : un village investi par des artistes venus du monde entier], ça me motive pour faire des nouveaux projets. Ce que j’aime faire le plus c’est la peinture murale.

Tantie de la liberté. De Marto Copryright: Rasca Prod
Tantie de la liberté.

De Marto

Copryright: Rasca Prod

Est-ce que la peinture murale est un travail qui se pratique facilement? Trouvez-vous sans problème des murs en espace public que vous pouvez utiliser?

Alors quand je pense à des dessins à peindre dans l’espace public, je cherche à faire des dessins compris du plus grand nombre. J’aime que mes dessins s’inscrivent dans la ville, que les gens puissent comprendre facilement le sens et qu’on y retrouve de l’humour. À partir de là, quand je démarche des gens pour qu’ils me laissent leur mur afin que j’y appose ma peinture, ils sont vites convaincus et acceptent. Ce n’est pas pour autant qu’il me voit comme un extra-terrestre, car ils ne comprennent pas pourquoi je veux peindre un mur sans gagner de l’argent. Mais à la fin ça leur plait toujours.

 

Comment décririez-vous votre style artistique?

Déjà l’humour est très important dans mes dessins, peu importe le thème abordé, il faut que ça me fasse rire et de préférence que ça fasse rire aussi les gens qui les regardent. En ce qui concerne mon style, on pourrait dire faussement naïf, sans fioriture, schématiques, je privilégie la plupart du temps l’idée à l’esthétique. Je pense que c’est plus important de se prendre la tête sur l’idée et le sens, que de passer trois jours à crayonner un dessin.

 

Faites du Tô. De Marto
Faites du Tô.

De Marto

Qu’est-ce que vous souhaitez exprimer par votre travail?

Le plus souvent réagir à des faits d’actualité, donner une autre lecture des problèmes qui touchent nos sociétés. C’est pour ça que j’adore le dessin de presse, les caricaturistes, je suis un fan inconditionnel de Sinet [RAR : Maurice Sinet, dessinateur et caricaturiste politique français]. Je m’exprime régulièrement sur les réseaux sociaux par le dessin – sur Charly, sur les migrants, sur la condition humaine, sur différents sujets de notre époque.

Dernièrement je viens de peindre une tantie de la liberté géante, de neuf mètres de haut, à Ouagadougou. En ce moment je suis plus dans une vague pacifique après tous les évènements passés au Burkina Faso, l’insurrection populaire, le coup d’état, l’attentat. On a vraiment besoin de paix en ce moment, et pas seulement ici, si je pense aux autres pays touchés par les fanatiques et la guerre.

 

Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

Je suis en train de préparer ma participation à la Biennale de Dakar. J’aimerais bien peindre un mur pendant ce grand évènement. Sinon je travaille sur plusieurs projets : des toiles, des dessins libres, des peintures murales. Et je vais essayer d’imaginer de nouveaux produits à commercialiser pour El Faso.

 

Les peintures murales du village de Tiébélé. Photo: Rita Willaer
Les peintures murales du village de Tiébélé.

Photo: Rita Willaer

Quel est votre coup de cœur pour l’art au Burkina Faso ?

Les peintures murales de Tiébélé [RAR : une commune rurale située au sud du Burkina Faso]. En fait l’artisanat burkinabè en général, la façon dont les artisans ont à donner tellement de forces à des morceaux de bois.

Sinon quand-même un coup de cœur géant pour le peuple qui s’est battu pacifiquement pour la démocratie et qui a fait preuve de courage pour faire cette insurrection populaire qui a mené à la fuite de l’ancien président.

 

Interview par Tanja Schreiner

Site web de Marto

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