Chacune de ses pièces finies, sorties, le rendent heureux.
Le rendez-vous est confirmé la veille. Je rencontre Jean Servais Somian, designer ivoirien, ce mardi 7 octobre. Le début d’après midi est convenu. Nous pourrons discuter de son  travail d’artiste,  je pourrai flirter avec son environnement.
C’est donc le mardi 7 octobre que nous l’avons retrouvé (Jean Yves et moi) à son l’atelier . Koumassi, dans la zone industrielle. Tout de suite se ressent une ambiance familiale. Un petit monde est d’abord visible, et au milieu je peux enfin apercevoir Jean Servais Somian qui se dépêche de nous accueillir. L’étape des civilités passe vite. Son ton familier et chaleureux fait déja tout. Après présentation de son équipe, il m’apprend qu’il sont à une étape cruciale de la création d’un meuble: L’examen des finitions. C’est une pochette géante qui est sur la scène. En fait c’est un bar. Il faut ouvrir le sac pour s’émerveiller.

Je suis un peu dépassée par la spontanéité, l’énergie de l’homme. Chaque mot déclenche un geste. Il ne tient pas en place. Il parle de sa passion: Le design mobilier. Je réfléchis à comment le canaliser tout en l’écoutant parler de la maîtrise du coco, de l’ébène, de sa volonté de produire des pièces uniques. Il faut que nous nous posions quelque part pour un interview qui sera filmé. Soit! je ne vais pas me plaindre de l’avoir à cœur ouvert et complètement désinhibé. Sa simplicité me met à l’aise.
Nous pénétrons dans l’atelier. Ce lieu n’est pas qu’un espace de création. C’est un lieu d’échange de connaissances où Jean Servais communique son expérience à de jeunes ébénistes que nous trouvons encore affairés sur leurs bois. Il bouge dans tous les sens. Les pièces sont disséminées un peu partout. Je cours presque pour le suivre. Je frôle  la question relative à sa corde de bijoutier. Il est bref. C’est un aspect en gestation. L’ébénisterie est son art principal. Mais le bracelet en bois d’ébène qu’il a au poignet parle pour lui. Son avenir de bijoutier s’annonce aussi brillant que sa carrière de designer mobilier.
Ce lieu n’est pas qu’un espace de création…
Nous nous installons ensuite sous la paillote dans la cour. Je peux souffler. Nous parlons un peu avant de partir pour Bietry. Là bas nous aurons l’occasion de voir ses créations dans un décor réfléchi par lui. Trois mots: Simplicité, originalité, perfection. Mais l’artiste laisse la perfection à Dieu, dit-il. Il vise l’excellence. Et pour cela, il mise sur le travail. Je suis en admiration. 
Moi: On remarque en regardant votre travail que vous avez tendance à récupérer des objets, des matières qui pour certaines semblent inutilisables à l’image de la vielle pirogue-sofa. C’est un choix, un impératif pour vous ?
JSS: Non non! D’ailleurs je ne récupère pas beaucoup. Oui la pirogue c’était une pièce forte qui a beaucoup marqué. C’était de la récupération. C’était une réflexion particulière qui consistait récupérer la ligne. Après quand je vais travailler le mortier ou la bassine, c’est un détournement. Je réinterprète en réalité. 
Moi: Il faudrait plutôt parler de détournement des objets donc! C’est un exercice que vous semblez affectionner…
JSS: Oui mais encore ce n’est pas ça qui guide tout mon travail. A la base moi je veux créer des objets, du mobilier, surtout ça. Par exemple la commode ou le bar en portefeuille est une inspiration. Je m’inspire de mon quotidien, de mon environnement et je lui donne ma propre lecture. 
Une vraie boule d’énergie que la passion remue.
Je ne peux mettre fin à notre entrevue sans savoir ce qu’implique comme difficultés le métier de designer mobilier. Il est catégorique: Le manque de structures adaptées.
Il n’y a pas de structures qui pourrait apporter de l’expansion de notre design. On n’a pas de grands éditeurs. En Côte d’Ivoire, les jeunes qui sortent de l’Insaac n’ont pas de boîtes où aller travailler. Une entreprise de vente de mobiliers préférera commander ses meubles en Chine plutôt que de concevoir une ligne originale en contactant un designer local. 
Je lui pose des tas de questions. L’exposition qui l’a le plus marqué, la création qui le prend aux tripes, Son appréhension du statut international qu’il a aujourd’hui, ses projets, ses exigences. Il me répond complètement, au delà de mes espérances, et la personne me plaît autant que l’artiste. J’avoue, je suis encore un peu dépassée par son hyperactivité. Cet homme a la jeunesse et la vigueur d’un adolescent. Et l’imagination n’est pas en reste.
Visionnez la vidéo de cette rencontre et prenez plaisir à découvrir sinon redécouvrir ce passionné admirablement fou.
 
 
 
 

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