Joel Nandjui
Joel Nandjui est un jeune ivoirien qui poursuit ses études de gestion de projet en France. Il est à son année de Master 1 et nous nous sommes rencontrés le samedi 16 août à la faveur de ses vacances à Abidjan. J’étais censée le rencontrer deux semaines avant. En effet le 2 août, l’association TCHILEY offrait une bibliothèque à la Fondation HIRONDELLES de la Riviera attoban. Une belle journée de fête aux enfants du cadre, que j’avais manqué. Mais il me fallait absolument parler de TCHILEY. La cause qu’il défendait m’intéressait particulièrement. Joel m’a donc reçu chez lui afin que nous puissions en discuter. Le RDV avait été organisé une semaine avant au sortir de la soirée SOUVENIRS D’INDÉPENDANCE.
9 heures 30 minutes, j’arrive chez lui. On s’éloigne du bruit de la tondeuse qui ronfle dans le jardin. Un bureau rempli de livre m’accueille pendant que mon hôte  court presque me chercher à boire. Je parcours la pièce du regard. Il revient avec un fanta, me sert, s’installe à son tour, et nous nous lançons dans la causerie. Rien de formel! Je prends quand même soin de lancer l’enregistreur de mon dictaphone.
Un groupe d’amis, une famille autour du livre pour les enfants.
– Alors tu rentres bientôt non ? (En France)
– Oui ce mercredi en principe.
– Et pendant toutes ces vacances à Abidjan, tu faisais quoi ?
– Un stage pour mon mémoire de Master 1 en gestion de projet. J’étais dans un centre d’assistance aux malades du VIH/SIDA. Ils accueillent principalement les homosexuels et les prostitués, et j’ai pu voir à quel point ces personnes sont magnifiques au delà de tous les préjugés qu’on peut se faire.
–  Tu aurais pu faire ton stage dans ton association!  (rires entendus)
– J’y ai pensé quand je cherchais un stage. Le temps passait et je me suis dit pourquoi pas.
– Tchiley existent depuis combien de temps?
– Officiellement nous avons déposé le statut en février 2014. Officieusement nous avons eu notre première activité le 24 août 2014. Une expérience encourageante qui a motivé l’officialisation.
Mon téléphone sonne. Pas professionnel du tout, je sais. Mais qui n’a jamais oublié de mettre le mode silencieux ? Je décroche en m’excusant. C’est Mariam Diaby. Le festival crépu d’ébène débute, besoin de photographe. Je la rassure de mon arrivée. Je raccroche en oubliant encore ce fameux mode silencieux. Affoh Guenneguez; Blogueuse littéraire et en étude de la culture Nzima à Bassam, m’appellera 15 minutes après pour qu’on se retrouve. L’interview continue. Mais les rôles s’inversent.
TCHILEY
– Comment tu fais? Tu en retires quelque chose au moins à être sur tous les fronts?
– Oui, du plaisir et des encouragements concrets. Financièrement au début c’était la croix et la bannière, mais de plus en plus j’arrive à en tirer quelque chose, et je m’organise mieux. Mais il faut faire tout ça par plaisir avant tout sinon on se fatigue vite. De grandes viendront peut être après. Pour le moment je me débrouille en m’amusant.
– Je vois. Mais c’est important qu’au bout d’un moment il y ait un vrai retour; un soutien concret. J’aime vraiment ce que tu fais.
– J’aime ce que tu fais également, ce que ton association fait. Tu es jeune et je me suis demandé: Pourquoi avoir choisi de te mettre une telle responsabilité que de faire une association qui implique une vraie pression  ? Généralement, surtout de nos jours, les jeunes ont des envies de créer leur boîte, de conquérir le monde, enchaîner les diplômes, faire de l’argent, et toi tu crées une association qui s’impose d’offrir des ivres aux enfants.
– Question de conviction. C’est sur que c’est pas évident. C’est un vrai challenge et parfois en chemin tu as l’impression que tout est dur. Mais franchement, quel âge faut-il attendre pour aider ? Est ce qu’il faut avoir  finir les études ? Est ce qu’il faut avoir fait un ma d’argent ? Je réussis à faire des choses en allant à l’école ou en allant travailler! Courir le monde ne m’empêchera pas de gérer une association!  C’est vraiment une question de conviction, de volonté aussi.
– On a tendance à dire que c’est quand le ventre est plein qu’on peut se permettre de parler de charité ou de bénévolat. Ton avis ?
– Alors, je ne vais pas mentir. Je n’ai pas une vie malheureuse. J’ai une vie qui me convient. Pourquoi je devrais être quelqu’un qui a connu la galère pour aider l’autre ?  Au contraire c’est parce que j’ai certaines facilités que je peux faire ça. On le dit comme si c’était mal. Et pas besoin d’être riche pour aider. Chacun à son niveau peut aider. Et puis tchiley est partie d’une question très simple : Qu’est ce que tu fais pour ton pays. En quoi est ce que tu es utile. Vais-je attendre mes 30 ; 35 ans pour agir ? Les réseaux sociaux nous font croire qu’on est les acteurs d’une révolution, qu’on change les choses avec un statut facebook ou un twitter. Mais à moment donné moi qui faisait partir des révolutionnaires sur le web, je me suis demandé. Ce n’est pas parce que je suis satisfait de ma vie que j’aide; mais parce que je veux jouer ma part. Il fallait faire quelque chose de vrai, et Tchiley est née.
Donnez leur un livre, donnez leur de la richesse.
– Et Tchiley s’engage à communiquer la culture du livre aux enfants. Pourquoi ce choix ?
– Je suis parti de mon expérience. Tous les placards que tu vois là, contiennent des livres. Depuis petit, mes parents m’ont éduqué aux livres. Je me plaignais parfois de ne recevoir que ça, mais aujourd’hui j’ai acquis une richesse grâce à mes lectures. On aurait pu offrir de la nourriture, de l’argent, des habits, ou une fête. Mais un livre c’est aussi important, c’est puissant. On ne sait jamais ce que ça peut créer. Un enfant peut lire une histoire singulière et se découvrir une vocation. Tout est possible.
–  Il va donc de soi que vous opérer un tri dans les dons de livres.
– Non et oui. Non parce que nous n’exigerons pas des donataires qu’il ne donne que des livres africains par exemple. Oui parce qu’il y a quand même une limite d’âge à respecter. Nous nous adressons à des enfants.
– Tchiley  signifie ?
– Enfant. C’est en Dida. Ma grand mère m’a proposé ce nom et j’ai trouvé ça parfait.
– Financièrement comment vous vous en sortez ?
J’ai la chance d’avoir des amis réactifs. Quand j’ai eu l’idée de Tchiley, je l’ai automatiquement rédigé et envoyé à quelques amis qui venaient à Abidjan. Ils ont aimé et pour la première activité avec les enfants d’Anoumambo en 2013, on a cotisé. Je leur ai proposé et ils ont accepté. J’ai une idée, des amis, nous sommes organisés. Pas besoin d’un énorme financement derrière pour commencer. C’est sûr que vous avez une responsabilité de rendement quand des personnes vous font confiance et participe à la réalisation de votre projet, mais c’est une responsabilité qu’il faut assumer.
Ouvrir son imagination, lui offrir du rêve.
– Parle moi des projets « Mekanganflouanou » et A « zèrè »
– Ce sont deux projets complémentaires. Le premier est celui que nous avons fait à la Fondation Hirondelles récemment et qui consistait à offrir une journée récréative aux enfants en plus d’une bibliothèque. Le deuxième vient fortifier le premier. L’idée est d’organiser des ateliers de lecture de sorte à familiariser les enfants avec le livre. Ils auront lieu une fois par mois à partir du mois de septembre. Une manière de s’assurer de l’utilité effective de la bibliothèque.
– J’ai vu que vous aviez soumis ces projets au crowdfunding…
Oui et nous sommes vraiment satisfait des résultats. La plupart de nos donataires sont des étudiants à l’étranger qui croient en l’association mais ne peuvent pas agir sur place à Abidjan. Avec cet argent et nos fonds propres, nous avons pu mener à bien la journée du 2 août. Offrir un repas aux enfants, des  vivres pour la Fondation, des livres, un spectacle de conte de la compagnie NAFORO BA à qui je veux exprimer notre profonde gratitude, un animateur de la journée… Ce sont autant de choses que nous avons réussi grâce aux soutiens des bénévoles.
– Merci Joel pour le temps consacré, et pour la part que tu joues dans l’éducation des enfants. Tchiley m’inspire beaucoup et j’espère qu’elle inspirera pleins d’autres personnes à l’image des précédentes.
– Merci à toi aussi. Bon courage dans ce que tu  fais.
 
 
 

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