Le célèbre designer, Ousmane Mbaye, a fraîchement inauguré son premier showroom à Dakar. Sis en Médina, sur la corniche ouest, il regarde de travers Soumbédioune et son marché artisanal en face duquel Ousmane Mbaye garde jalousement la source de son savoir : l’atelier que son père a ouvert en 1975, et dont il a hérité.

Par Coralie

L’allure nonchalante, téléphone collé à l’oreille, le designer nous reçoit dans son havre. La devanture du showroom du designer Ousmane Mbaye est entièrement peinte en noir, avec son nom et son prénom inscrits en lettres capitales jaune pétant. Ce showroom attire invariablement le regard des passants depuis son ouverture le 20 mai 2017. L’intérieur, tout comme l’extérieur, force l’attention avec cette atmosphère unique qui doit tout à ses objets hétéroclites en métal et cuivre à la finition obsédante, posés ça et là.

Dans ce lieu dédié au design, Ousmane Mbaye dispose avec minutie des œuvres de longue haleine. Des meubles de rangement, des tables, des chaises et des fauteuils en cuivre, des bougeoirs, des luminaires, des tables, et tant d’autres accessoires qui anoblissent notre habitat… Ces créations sont la preuve du génie de l’artiste qui considère matière, forme, style.

D’une voix aux accents ivoiriens, l’athlétique designer, présente son showroom scindé en trois compartiments. Tout au fond, à droite, sont suspendus des tabourets multicolores : vert océan, jaune, orange. Ils arborent les couleurs gaies de l’inoxydable optimisme qui a dû porter Ousmane Mbaye à ses débuts, il y a 12 ans. Dans le compartiment du milieu, sont suspendus, des objets appartenant à l’ancienne collection, que le Médinois a fabriqués avec des fûts ; une collection travaillée dans l’esprit de récup. A gauche, on s’arrête sur la nouvelle collection, celle graphique, faite de cuivres, pleine de couleurs et de lumières… Elle vous en bouche un coin, sa dernière saillie !

Full Circle, Hong Kong

 

Un espace dédié à l’art et au design

Pas de doute, ce showroom a l’odeur du neuf !

Mais “le Maître du fer” compte encore y effectuer des travaux et présenter les œuvres d’autres designers en Afrique et dans le monde. Pourquoi pas Aïssa Dionne, Binta Seck, le jeune frère de Babacar Niang, Aïcha Diabaté, Hervé Sonia, Cheikh Diallo du Mali, ou encore Jean Servais Somian de la Côte d’Ivoire ? En tout  cas, Ousmane veut proposer un must pour l’Art contemporain, un lieu d’échanges, un espace dédié au design :

« On dit que les designers ne sont pas connus en Afrique ; le problème, c’est nous. En ne nous positionnant pas en tant que tels, pour que les gens puissent avoir facilement accès à notre travail. Pour moi, il était important d’avoir un lieu comme celui-ci  pour que les gens aient accès aux matériaux, au travail, qu’ils puissent acheter librement. Le principe de ce showroom, c’est d’abord de présenter mon travail  mais je compte aussi intégrer le travail de pas mal de designers que je connais un peu partout dans le monde ; qu’ils puissent avoir chacun une pièce que l’on puisse retrouver dans cet espace ; que ce showroom soit un espace d’échange, dédié au design. ».

Installé sur l’une de ses œuvres, le designer aborde son rapport avec l’art, notamment la photographie qui l’intéresse beaucoup. Il n’écarte pas l’idée d’exposer de la photographie, son but étant de faire de ce petit showroom un important pôle qui portera le design africain, et qui soit dans les années à venir un lieu de rencontres et d’expos, le point focal d’autres succursales qui s’ouvriront pour montrer le savoir-faire africain. Une ambition qui nous pousse à nous demander qui est Ousmane Mbaye et quelle est sa grande histoire d’amour avec le design ?

Le showroom

A l’ombre du père

A l’heure où d’autres citent les noms de grands designers, comme étant leurs inspirateurs, lui cite celui de son père, les yeux tout scintillants d’amour et de tendresse.

« Le design est un don que j’ai eu en moi, une curiosité, un amour d’enfance que j’ai nourri et développé dans le temps. Mais c’est mon père qui m’a inspiré. Il m’inspire beaucoup, par sa grandeur d’esprit, son ouverture, sa force de s’adapte à son environnement ».

Il n’y a pas que cela, bien entendu : Ousmane Mbaye s’abreuve à la source de l’amour, la tristesse, les envies… « Tout nous inspire en fait ; tout notre environnement. Un designer doit se nourrir de tout ce qui tourne autour de lui-même. On se nourrit de nos voyages, de nos amis, des échanges et de nos rencontres ».

Le showroom

Dans cette Médina qui déborde de vie

Ousmane Mbaye, a ouvert, son premier showroom dans le Médina. Pourquoi ? Le designer répond  qu’en tant que jeune issu de la Médina, il était important pour lui d’y avoir un espace dédié au design. « Ce quartier m’intéresse beaucoup, beaucoup au sens où le design fait partie intégrante de notre communauté, de notre façon de voir et notre façon de vivre. ». A la Médina, tout inspire ! Jusqu’aux plus petits objets, ou même le bêlement des moutons. Mais le tintamarre de l’affrontement des deux métaux inspire plus que tout le designer. C’est un chantier incertain mais visualisé et obstiné jusqu’à ce qu’il se décline en un charmant objet pratique. Dans le monde, rappelle-t-il, tout est design : 

«il couvre tout notre vie. Il n’y a pas une seule chose qui n’intègre pas l’aspect design. Que ça soit dans le domaine de l’habitat, la santé (pourquoi santé ?), l’habillement, la haute couture, la bijouterie, la voiture… Tout ce qu’on touche dans notre environnement est concerné par le design ».

Oui et la Médina ne fait pas exception à la règle ! Dans ce quartier où est né et a grandi le maitre du métal, on retrouve plein de vie. « La Médina est beaucoup plus que pleine de vie » rectifie-t-il « Il y a cette ferveur, ce quelque chose que l’on ne retrouve nulle part ailleurs ; ce dynamisme, cette envie de vivre qui déborde à la Médina, c’est incroyable ! »  Le designer défend son quartier comme un maitre du barreau. « Médina, c’est le bazar ! Mais Medina, c’est un quartier qui va prendre de la valeur et qui va briller ! ».

Son rêve le plus fou : que son quartier devienne l’endroit où l’on trouvera tous les galeristes de Dakar ; de vrais galeristes, pour de vraies expos de design.  « Adama Paris est à coté ; moi, j’ai ouvert ; je rêve que d’autres personnes viennent ouvrir ici »…

Le Combat : l’école de design

Dans son blanc immaculé, contrastant avec sa peau noire, le designer intégral porte son regard loin. Il voit de son siège, d’autres showrooms pointer le bout de leur nez dans la capitale sénégalaise – et dans les capitales africaines – et prêche pour l’ouverture d’une école de design digne de ce nom. Elle permettra à son avis au design sénégalais et africain d’essaimer partout dans le monde. «On ne peut pas parler de développement, si 95% de ce que l’on consomme vient de l’étranger. Il faut qu’on ait une école de design qu’on puisse former les gens et demain répondre à nos besoins et pourquoi pas exporter notre savoir-faire» tout cas, avec sa gamme d’exigence, le jeune de Médina parvient à toucher une belle clientèle africaine, et à faire renouer le public sénégalais, avec la consommation locale.

« Les gens avaient du mal à acheter mais le complexe est en train de partir. On propose, des produits haut de gamme, avec une finition, sans complexe, on est plus dans la recherche, dans la matière ».

Les sénégalais amoureux de tout ce qui est beau et esthétique sauront faire leur choix, avec le large éventail de produits qui leur est proposé au showroom. « Niveau prix, le design reste accessible ! » rassure-t-on. Euh…

Categories: Arts visuels

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