La jeune Jahelle Bonee (Brigitte Boni, à l’état civil)  épluche son  talent  de chanteuse afro-Soul à travers « Béflèhmi » (je m’appelle, en langue Baoulé) sorti en mai dernier. Expérimental, l’album présente une jolie  palette de chansons aux rythmes traditionnels africains teintées de Jazz et de Hip hop. La maîtrise de son sujet de cette exercice force l’attention. Le match ne fait que commencer pour cette passionnée de chant depuis toute petite qui est passée par  bien des étapes underground avant de chercher à se faire une place dans le gotha de la musique ivoirienne.

Elle était en dédicace le vendredi 19 octobre à la Fnac Cap Sud, d’où elle a répondu à nos questions après avoir présenté ses chansons  et explicité son  univers musical…

Propos recueillis par Aaron Leslie

Béflèhmi est très intimiste et expérimental. Que veux-tu qu’on retienne de ce premier album de Jahelle Bonee ?

C’est l’envie de montrer la personne que je suis, musicalement parlant.  Les treize titres de l’album : ce sont toutes mes facettes artistiques,  mes treize personnalités. C’est un album teinté de beaucoup de culture traditionnelle de notre pays avec l’expérimentation de sonorités afro mêlées à des genres d’ailleurs.  C’est la singularité de mon style. Je suis ivoirienne, je suis Baoulé et ça,  il faut que la terre entière le sache ! (elle rit). Les premiers retours sur l’album sont encourageants, signe qu’y a des gens qui adhèrent au projet que je propose. Il va falloir élever encore le niveau pour viser encore plus haut.

Tu as commencé avec des covers  (reprises, ndlr) postées  sur internet, ensuite tu as fait beaucoup de scène live.  Est-ce que cette expérience t’a permis  une fois en studio de roder des titres, d’en améliorer d’autres ou  de supprimer  certains ?  Comment as-tu construit l’album ?

Je  rectifie : j’avais déjà mes chansons à moi avant même de commencer à interpréter les covers sur les scènes.  les covers , ça a démarré en 2017 à l’occasion de Back to soul  (plateau musical  de faiseurs de soul, ndlr).  Ensuite j’ai fait  des live mais avec uniquement mes compositions sur scène. Donc  en  studio, on a eu à enregistrer une partie de la tracklist  en live, après  on a ajouté des interprétations qui me parlaient beaucoup…  Belle expérience je dirais.  Ça m’a amené à une nouvelle façon de découvrir ma voix.

Tu expérimentes des genres musicaux exotiques : la soul  le jazz , le hip hop fusion etc. Alors, vu qu’aujourd’hui la tendance musicale actuelle au pays ne penche  pas pour ces genres-là,  t’as  du y réfléchir  avant de faire ce choix.

J’aime  dire : je n’ai pas fait ce choix, c’est ce choix qui m’a fait (sourire).  Dans certains cas, on n’a pas le choix.   Donc pour moi, ça été comme un appel. Cet appel était si  fort que je ne pouvais pas ne pas  répondre.  Je ne viens pas prouver, encore moins me comparer à qui que ce soit.  Je viens juste  montrer qui je suis. Je pense qu’il y a assez de place sur la scène pour tous les genres musicaux.

 L’album en chantier, quels sont les  défis qui se sont présentés à toi et comment y as-tu apporté  les réponses dans sa réalisation ?

Le défi était de monter qu’on pouvait mélanger l’huile et l’eau si je peux le dire ainsi.  Je suis une alchimiste de la musique, tu sais  (rire). Mon challenge était donc de mélanger plusieurs genres pour  en créer un nouveau. C’est à dire mon genre que j’appelle le BoneeJazz. Ma façon à moi de resservir le jazz avec les sonorités comme la percussion, l’ahoko, le sêkê sêkê…  Faudrait pas qu’on réduise ces instrument à du Zouglou ou du Youssoumba. Accessoirement donc , c’est une façon globale de présenter la culture ivoirienne dans une modernité. Ce sont des instruments qu’on peut rajouter a ces musiques la aussi et ça marche. La preuve sur Béflèhmi.

L’argent, l’amour d’une mère, le gentleman, le travail : les thèmes abordés dans l’album sont assez divers.  y a une idée générale à tous ces propos ?

Je m’inscris en générale dans toutes ces thématiques,  donc non, il n’y a pas d’idée dominante. Comme je le dis 13 titres, c’est treize personnalités et autant de choses à dire. C’est une façon d’appréhender la  musique. Après, si idée générale il devrait  avoir : ce serai le réveil. J’ai envie de montrer  que pratiquer des rythmes exotiques  ce n’est pas  quelque chose d’inaccessible. Il y faut y croire, expérimenter des choses pour que la musique ivoirienne atteigne une autre dimension. On ne se rend pas compte souvent mais on a une richesse culturelle incroyable. Moi à la limite,  je me sens frustrée et  un peu honteuse  de ne pas encore maitriser ne serait-ce qu’un peu de  cette soixantaine de patrimoines qui offrent des palettes artistiques infinies. J’envisage faire une longue carrière,  j’espère pouvoir implémenter une large gamme de cette richesse dans ma musique.  On verra ce que ça va donner.

Comment construis-tu tes titres ? L’écriture  d’abord avant la mélodie ou l’inverse ?

Je compose en général à la  maison, assez tard dans la nuit.  Je trouve d’abord la musique. Ça part de  quoi ? D’une petite mélodie qui me vient en tête que j’affine ensuite. Donc voilà c’est la mélodie, d’abord et les paroles viennent ensuite. Après,  on les expérimente en live avec mes musiciens et après le studio.  L’arrangeur apporte sa touche aux arrangements  et on valide ensemble.  J’ai un petit souci avec les arrangeurs aujourd’hui : je connais tellement la structure de mes morceaux,  le début, la  fin et donc il arrive qu’on se chamaille souvent sur la note à apporter (rire). Mais au final, c’est un travail consensuel,  on met les idées ensemble pour donner quelque chose qui se rapproche le plus de ma personnalité artistique.

Finalement, comment tu te sens aujourd’hui avec la sortie de ce premier album ?

Fière !  Je me sens très fière, c’est incroyable !  C’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire !  Y a beaucoup de gens  qui n’ont pas eu la chance de finir leur projet comme le mien. Et puis je me sens aussi come une  maman qui est heureuse et comblée devant son premier enfant, voilà c’est une ferté !

Tu le dis : tu aspires  à faire une longue carrière. Le succès et la célébrité, comment tu les appréhende ?

Le premier objectif pour moi  d’abord, ce sera d’impacter  avec  ma vision de la musique. Le succès et la célébrité  en seront  la conséquence. On ne décide pas de devenir une star, si on  le devient, c’est qu’on est plébiscité.  C’est donc  le public qui décide s’il est satisfait  et adopte de ce que tu proposes. J’envisage de faire une longue carrière grande, tout est perfectible, je vais m’y atteler.  J’espère que le public appréciera pour avoir sa reconnaissance.

Quelques petites questions pour essayer  de cerner ta personnalité culturelle sous d’autres angles. Quelle chanson tu écoutes en boucle en ce moment ?

C’est « Carry me » de Ben L’Oncle Soul. C’est un magnifique chanteur ! Je trouve cette chanson incroyable. Je donnerai une seconde : « Lord you know» du même artiste. C’est de la soul donc je suis dans mon élément, ouais.

Ton dernier coup de cœur musical, c’est qui ?

Bah c’est moi ! (rires) non je rigole ! Je dirais euh… ouh là là… parce qu’il y a beaucoup de…. Bon est-ce qu’on peut avoir un joker ? (rire) j’ai tellement d’amis ici qui sont de très grands chanteurs donc je n’ai pas envie de frustrer quelqu’un (rire)…

On t’accorde le joker. Sinon à l’international, c’est qui ?

À l’international, je dis  Bruno Mars, avec son dernier album 24K Magic. Quand il chante, je suis émerveillé quoi ! Il n’est pas dans un rôle où c’est de la musique commerciale, non, non ! Le gars a une véritable personnalité, du charisme de chanteur et ça, ça me touche énormément. C’est un album en bonne place dans ma playlist.

Quel est le film qui t’as marqué récemment et que tu n’oublieras pas sitôt ?

Ouh la la !(rires) je crois que c’est le dernier que j’ai vu : Black Panther ! Tchalla !! (Rires) ce qui m’a marqué dans ce film-là, c’est le fait de démontrer en filigrane que l’Afrique c’est l’avenir.

Tu trouves que c’est prémonitoire ?

Oui, je dirais.  mais soyons réaliste. Ça ne tombera pas du ciel ce  Black empowerment (pouvoir du Noir, ndlr). Tant qu’on ne décidera pas de se lever pour travailler, les choses ne bougeront  ^pas et on n’aura pas l’infime niveau technologique tel qu’on le voit dans le Wakanda. Le message est clair : Il faut que les Africains se rendent compte de leur potentiel et qu’ils travaillent pour le mettre en exergue.

Pour terminer, quelle est la philosophie de vie qui t’inspire tous les matins au réveil ?

Mon leitmotiv, c’est que quel que soit le rêve  qu’on a, aussi fou soit-il, il faut toujours se donner les moyens d’atteindre ses objectifs. La réussite n’a rien de magique. Comme le dit quelqu’un, c’est 99 pour cent de travail et 1 pour cent de talent.

 

 

Categories: Arts scéniques

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