AKAA – Also Known as Africa a connu un bilan positif lors de sa première édition avec près de 15 000 visiteurs durant les trois journées. Le pari est encore une fois réussi pour cette deuxième édition qui s’est tenue du 10 au 12 novembre au Carreau du Temple à Paris. En deux ans, AKAA a su rassembler une communauté d’amoureux de l’art, de visionnaires, de passionnés et de curieux.

Il y avait une variété d’expressions contemporaines (Sculpture, peinture, photographie, installation et design). Près de 150 artistes ont été exposés dont des artistes connus, des artistes en pleine expansion, et des artistes qui ont fait leur premier pas au sein d’une foire. Une soixantaine d’entre eux étaient présents pour discuter.

Nous allons revenir sur les temps forts d’AKAA, nos rencontres et nos coups de cœur.

Par Anne-Carole DAKOURY TABLEY

  •  L’hommage à Ousmane Sow et les rencontres AKAA

HOMMAGE A OUSMANE SOW – Lors de cette deuxième édition, AKAA a rendu hommage à Ousmane Sow. Il s’agissait du premier hommage rendu à l’artiste en France depuis sa mort en 2016. Un espace lui a été dédié où ont été exposés Le Nouba qui se maquille, deux œuvres en bronze de la série Nouba ainsi que des photos prises par Béatrice Soulé, fidèle amie et commissaire d’exposition du défunt artiste. Elle en a profité pour projeter ses films Ousmane Sow et Ousmane Sow : Le soleil en face.

Exposition hommage à Ousmane Sow

En 1999, le public parisien a découvert ses guerriers Masaï, ses lutteurs Nouba, et ses Indiens d’Amérique lors de l’exposition éphémère sur le Pont des Arts. Près de 10 ans plus tard, la ville de Paris va acquérir une œuvre d’Ousmane Sow et l’intégrer dans l’espace public afin qu’elle soit vue par tout le monde et que sa mémoire soit gravée à jamais. Telle est la nouvelle que le maire du 3ème arrondissement de Paris a annoncé en avant-première le jeudi 9 novembre lors de l’accueil de la presse.

LES RENCONTRES AKAA font partie intégrante de la philosophie de la foire. C’est un espace d’échange avec le public. Le thème choisi par la commissaire de la foire, Salimata Diop, est le parallèle entre le processus créatif et le processus de guérison. Il s’agit de montrer ou démontrer comment les artistes peuvent penser et panser le monde.

Joana Choumali et Nu Barreto ont parlé de haine et d’oubli, ou comment guérir après un événement tragique. Un choix avisé pour ces deux intervenants. En effet, Joana Choumali présentait une série de photos brodés en hommage à l’attaque terroriste à Grand-Bassam (Côte d’Ivoire). Quant à Nu Barreto, représenté par Louisimone Guirandou Gallery, il présentait “Fil rouge”. Il s’agit de peintures à la signature unique qui illustre les inégalités sociales et les crises en Afrique. Leurs travaux cadraient donc avec le thème de la rencontre.

Alexis Peskine nous a parlé de son interprétation du mythe de Méduse avec son ensemble d’œuvres Le Radeau de la Méduse. Les rencontres AKAA ont été riches d’instruction et ont permis d’ajouter des mots à ces arts visuels qui nous laissent très souvent bouche bée.

  • Pedro Pires, entre destruction et construction : la question de l’identité

« This is not a white cube » et « Ela » sont les deux galeries angolaises présentes à AKAA. « Ela » exposait 4 artistes dont Kapela, Atonio Pires, Sueki et Pedro Pires. Ce dernier a accepté de discuter un peu avec nous.

Pedro Pires est né en Angola, et vit et travaille actuellement entre Lisbonne et Luanda. Ayant baigné dans ces deux cultures, il se pose la question de l’identité et comment celle-ci est construite et déconstruite. L’Angola est indépendante depuis 1975 mais il y’a encore des tensions avec le Portugal. En tant que blanc avec un fort accent portugais en Angola, il représente toujours le colon pour certains habitants. Vivre en Angola a été intéressant pour lui non seulement en tant qu’individu mais aussi en tant qu’artiste. Cela a montré comment l’on peut être intégré (ou pas) dans un pays selon son identité et son passé. Ainsi, regarder l’Europe de loin et garder l’Europe derrière lui a permis de voir des choses qu’il n’a jamais vu et de se découvrir lui-même différemment.

Pédro Pires

Dans sa série « Fire on paper » il dit être intéressé par l’utilisation de matériaux en lien avec la destruction, la guerre, et créés par l’Homme pour ensuite entamer un processus de reconstruction à travers le dessin. Cela crée une opposition entre le médium et son utilisation, et ainsi amène vers un espace avec de nouvelles relations et significations.

 

  • David Uzochukwu, le jeune prodige

David Uzochukwu est un photographe talentueux nigérian et autrichien. Il a commencé la photographie à 10 ans, les autoportraits à 13 ans et vit pleinement de cette passion depuis l’âge de 15 ans. La nature est un thème récurrent dans ses œuvres. Il aime faire communiquer des émotions plutôt que des histoires.

David Uzochukwu près de son oeuvre “Wildfire”

« Je voulais qu’on ressente la force de la nature. Je voulais quelque chose de sombre et chaleureux, de gracieux et de doux. J’aime ce volcan sur la tête de la femme comme une force qu’on n’arrêtera pas » (David Uzochukwu)

  • Jean-François bocle : bananes, art et esclavage

La banane, un fruit jaune gorgé de vitamines et de minéraux, mais pas que. La banane est également un objet artistique et esclavagiste. C’est ce qu’essaie de démontrer l’artiste martiniquais Jean-François Bocle à travers son installation « Bananaman ». Il montre à travers cette œuvre le racisme et la colonialiste auquel renvoi ce fruit. Fruit de l’exploitation économique de la France à l’égard de la Martinique, fruit lancé aux footballeurs noirs dans des stades afin de les réduire à une condition de singe. La banane est devenu un instrument de colère pour Jean-François Bocle qui les scarifient en annotant des textes comme « Mange ta liberté », « capitalisme », « consomme toi » ou encore « Caniba, Cariba, Caraïbe ». Pour clôturer la foire, il invitait les visiteurs à manger ces bananes et ainsi à prendre le pouvoir d’un fruit qui a longtemps aliéné.

Bananaman de Jean-François boclé
  • Alice Pokua Oppong, l’art de la tête au pied

Les coiffures africaines d’hier et d’aujourd’hui sont les inspirations d’Alice Pokua Oppong pour sa robe « KEMET ». Cette robe est faite entièrement de mèches synthétiques. Elle a commencé le tressage dès le jeune âge et étudie actuellement le design en Allemagne. Dans un projet, elle avait pour défi de faire une robe avec le matériel de son choix et étant obsédé par la coiffure, c’est sans hésitation qu’elle a eu l’idée d’utiliser ce matériel.

Son amie a accepté de porter cette robe durant la foire.

Kemet de Alice Pokua Oppong
  • Autres coups de cœur en images

Wahib Chehata est un artiste-photographe tunisien. Avec ces photographies exposées à AKAA, il bouscule les normes artistiques en alliant le prosaïsme des entrailles à l’esthétique pictural.

Amani Bodo du Congo

Rendez-vous, on l’espère, l’année prochaine pour une troisième édition encore plus riche que les précédentes.

Image à la une : Le peintre ivoirien Ange mené – Photo : Jean Servais Somian

Categories: Arts visuels

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